Somnambula version Sarah

Somnambula version Sarah

(démarche artistique)

Il y a un an, j’ai appris que ma mère était somnambule. Ses histoires rapportées et les vidéos filmées par son conjoint m’ont impressionnée et j’ai voulu utiliser cette matière que je trouvais inspirante. J’y voyais en effet quelque chose de mystique et en même temps le reflet ultra révélateur de la personne qu’est ma mère. 

Entre les écrits réalisés en écriture automatique pendant son sommeil, les écrits retranscrits  au matin sur ses rêves et cauchemars, les photographies de ses « installations nocturnes » inconscientes, et enfin les vidéos de ses épisodes somnambuliques, je disposais d’énormément de matière pour me documenter et alimenter mon travail. 

J’ai commencé par analyser ces évènements que j’ai trié par thème, pour essayer de comprendre mieux cette force fantastique qui la tirait hors du lit durant son sommeil. 

Par ce travail d’analyse, j’ai été amenée à constater que dans ses cauchemars, ma mère est prisonnière de ses peurs et les vit de manière passive, elle subit. Par contre, au cours de ses épisodes somnambuliques, elle résout ses problèmes sereinement, elle assemble, réunit et créé librement. 

Par exemple, elle est capable de rêver qu’elle est dans le corps d’un oiseau blessé à la patte qui ne peut plus s’envoler et qui craint pour sa vie, tout en se levant somnambule quelques nuits plus tard pour dessiner librement sur son corps, se recouvrir de bijoux et se bander calmement les jambes pour se momifier tel un pharaon !

Par ailleurs, j’ai également découvert que ses cauchemars sont des souvenirs très précis dont elle peut faire la narration et qui sont ancrés dans la réalité, contrairement aux épisodes somnambuliques dont elle n’a aucun souvenir – même s’ils sont pourtant très réels ! – 

J’ai aimé et décidé de jouer avec ces contrastes. 

J’ai donc reproduit, avec mon propre regard, certains de ses épisodes somnambuliques par fragment. J’ai utilisé des flous pour symboliser la perte de repères temporels, tant du spectateur que de ma mère en état somnambulique. Au cours de ses « crises », ma mère est libre, en état de calme, de sérénité ; je voulais accentuer par ces flous la fluidité qui s’empare d’elle. 

A l’inverse j’ai joué sur la netteté des scènes de ses rêves, dont elle a un souvenir conscient net et précis, pour renforcer l’oppression et le stress qui règnent dans ses cauchemars.

J’ai ensuite tenté de relier ces différents épisodes, en m’inspirant de la démarche de ma mère à son réveil : en effet, elle cherche à reconstituer les faits et à démêler les rêves du somnambulisme et de la réalité (en réunissant des pistes, des indices ou en constatant les « installations » que Somnambula crée et sème la nuit sur son passage).

Mon court-métrage tente donc de représenter cette perte de repère entre rêves, somnambulisme et réalité et de ressentir les différents thèmes récurrents qui l’animent : amour, maternité, nature, perceptions de paysages et de relations aux autres, liberté, volonté de se découvrir, de se définir, de résoudre des problèmes, tentative de créer des liens, angoisses et enfermements, mystères, transmission d’une empreinte, …

© Texte : Sarah Ringrave et photographies : Lorraine Thiria/All rights reserved

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