

Première restitution : exposition au Spot : ENTRE MURS ET MURMURES (La ballade de Pondichéry)*
Les murs sont pour moi la matérialisation d’un corps sensible en permanente appréhension. Ils constituent une seconde peau, une présence physique, une mémoire aussi.
Je suis attirée par leurs aspérités, leurs sinuosités, leurs sillons et traces, leurs failles et blessures, et touchée par les empreintes du temps qu’ils recèlent. Leurs souvenirs tangibles et leurs murmures m’interpellent aussi.
Je ne sais si je leur offre un autre regard photographique ou s’ile me révèlent leur histoire que je traduis en image. L’esthétisme consiste en un double mouvement réciproque permanent.
En photographie, j’aime travailler le hors champ : aucune personne visible dans le cadre mais néanmoins intensément présente à travers toutes les scènes de vie, les gestes, les traces, les mémoires contenues dans les matières en commençant par celles des murs qui parlent et témoignent.
A Pondichéry, je suis touchée par leurs lignes, leurs teintes, par les façades, par les mouvements de matières créant des ouvertures insolites, des portes éphémères, des assemblages inattendus. Ici, des sacs de toile de jute se superposent, là des filets de pêche prennent vie dans les couleurs du mur.
Ici les racines des arbres s’ancrent dans les pierres des façades, là les strates de peinture décrépies forment des compositions abstraites.
Tous ces « paysages » que j’ai tenté de transcrire photographiquement constituent des tableaux de la nature et du temps. De la vie aussi qui jaillit ici et de la beauté avec laquelle ces assemblages se créent dans les gestes les plus simples de la vie quotidienne.
Ainsi ma série sur les natures mortes (visible dans les deux dernières pièces) s’inscrit dans ce regard : figer par l’image un instant de la vie qui malgré son nom est « still life ».
Il s’est agi de créer une composition intemporelle quasi picturale de nature morte à la française où l’ambiance sombre des murs de la pièce met en lumière un objet (un panier, une bassine, un sac) ou un fruit (une tomate, un oignon) naturellement posé devant un mur délabré. Et où non seulement la nature morte est sublimée (le bouquet d’oignons devient un amas floral d’une beauté saisissante) mais le mur est magnifié par la nature bien vivante qui y figure.
Tous ces murs, et les traces de vie passées et présentes qui les habitent et les habillent, contiennent des silences évocateurs, des mémoires résiduelles auxquelles je tente d’accéder par l’image photographique.
Sollicitée par l’Alliance Française de Pondichéry pour participer au Wall Art Festival, j’ai aimé l’idée d’exposer mes clichés de murs sur les murs même de la ville où ils sont nés, créant ainsi artistiquement, par cette superposition, les strates du temps et la mémoire des lieux de façon magnétique.
Mur sur mur, strate sur strate, couche sur couche (de la mémoire, de la matière et du temps).
* La ballade est une oeuvre poétique ou musicale. J’ai aimé associer la promenade (balade) dans les rues de Pondichéry au poème ancien (ballade) et à la forme poétique. Il s’est en effet agi pour moi de découvrir les murs de la ville de façon créative et d’une certaine manière, lyrique.
Deuxième restitution : exposition à la galerie de l’Alliance Française : ENTRE MURS ET MURMURES (La ballade de Pondichéry)*
Les murs sont pour moi la matérialisation d’un corps sensible en permanente appréhension. Ils constituent une seconde peau, une présence physique, une mémoire aussi.
Je suis attirée par leurs aspérités, leurs sinuosités, leurs sillons et traces, leurs failles et blessures, et touchée par les empreintes du temps qu’ils recèlent. Leurs souvenirs tangibles et leurs murmures m’interpellent aussi.
Je ne sais si je leur offre un autre regard photographique ou s’ile me révèlent leur histoire que je traduis en image. L’esthétisme consiste en un double mouvement réciproque permanent.
A Pondichéry, je suis touchée par leurs lignes, leurs couleurs, par les façades, les piliers, les portes et fenêtres, tous les éléments architecturaux témoignant des traces de vie passées et présentes.
C’est ainsi qu’en déambulant dans les quartiers, j’ai aimé saisir leurs caractéristiques propres, du style français de l’ancien comptoir, au style tamoul avec ses thalvarams et ses mutrams et au subtil mélange des deux historiquement et esthétiquement liés.
Plus qu’ailleurs, j’ai ressenti l’Histoire et l’héritage du passé à travers l’observation puis la captation des murs de la ville qui délivrent un message sur le passage du temps.
Plus qu’ailleurs, j’ai éprouvé les murs comme mémoire universelle, trace, symbole, plus que comme frontière ou séparation entre intérieur et extérieur.
Traces des héritages successifs de Pondichéry et symboles de son patrimoine…
Tenter de figer photographiquement ses murs -mais aussi ses façades, ses portes et ouvertures- m’a permis de figurer ce qui est et déjà n’est plus, de saisir l’éphémérité de la matière.
Les capter par l’image m’a donné l’envie de rendre visible l’invisible, de revisiter la frontière entre absence et présence, entre passé et présent, et ce d’autant plus à Pondichéry où de nombreuses maisons françaises et tamoules ont été détruites.
Les façades des murs observés, les couches de pierres qui les forment en strate, les dégradations de la matière, les arbres qui s’enchevêtrent dans la pierre pour finalement la soutenir, constituent des tableaux vivants de la nature et du temps.
Dès lors, les capturer permet de parcourir une énigme, de créer une écriture nouvelle et d’accéder à leur mémoire résiduelle.
Sollicitée par l’Alliance Française de Pondichéry pour participer au Wall Art Festival, j’ai aimé l’idée d’exposer mes clichés de murs sur les murs même de la ville où ils sont nés, créant ainsi artistiquement, par cette superposition, les strates du temps et la mémoire des lieux de façon magnétique.
Mur sur mur, strate sur strate, couche sur couche (de la mémoire, de la matière et du temps).


© Textes et photographies : Lorraine Thiria/All rights reserved
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